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Hugo Duminil-Copin

Mathématicien, médaille Fields 2022 (transitions de phase, percolation). Signataire de la lettre des 28 médaillés Fields sur l'IA, septembre 2026.

SFEIR AI · Publié le 11 octobre 2026

Parcours

Hugo Duminil-Copin naît le 26 août 1985 à Châtenay-Malabry. Après le lycée Louis-le-Grand et l'École normale supérieure, il prépare sa thèse à l'Université de Genève (2008-2011) sous la direction de Stanislav Smirnov. L'université le nomme professeur assistant en 2013, puis professeur ordinaire en 2014. Depuis 2016, il est aussi professeur permanent à l'Institut des hautes études scientifiques (IHÉS), à Bures-sur-Yvette, et partage son temps entre les deux institutions.

Il est membre de l'Académie des sciences et siège depuis 2024 au Conseil présidentiel de la science.

Travaux et médaille Fields

Ses travaux portent sur les transitions de phase, en probabilités et en physique statistique : percolation, modèles d'Ising et de Potts, marches auto-évitantes. L'Union mathématique internationale lui décerne la médaille Fields en 2022 « for solving longstanding problems in the probabilistic theory of phase transitions in statistical physics, especially in dimensions three and four ».

Il avait reçu avant cela le prix Rollo Davidson (2012), le prix Oberwolfach (2013), le prix de la Société mathématique européenne (2016) et le prix New Horizons in Mathematics (2017).

Position sur l'IA en mathématiques

Le 30 août 2026, sur le blog Proofs and Prompts, il publie l'essai « Care for a little more AI? ». Il y écrit qu'il est devenu clair que « AI will probably prove θ(pc)=0 before humans do », que l'usage actuel de l'IA « does not empower us, it petrifies us », et qu'il a choisi, dans sa propre recherche, de ne pas confier son processus créatif à une intelligence artificielle. Ses échecs sur θ(pc)=0, ajoute-t-il, lui avaient donné des dizaines d'idées réutilisées ailleurs.

Le dépôt GitHub anthropics/formal-math contient, dans son dossier percolation, un commit du 28 août 2026 signé Justin Leder (Anthropic). Son README présente une preuve de θ(pc)=0 écrite par un système d'IA fondé sur les modèles Claude, travaillant de façon autonome sous sa direction, et formalisée en Lean 4 avec Mathlib. La partie nouvelle couvre les dimensions 3 à 10 (les cas d = 2 et d ≥ 11 étaient connus) et établit une conjecture formulée en 2024 par Gady Kozma et Shahaf Nitzan. Aucune relecture humaine indépendante n'est annoncée. Scientific American (30 septembre) et Quanta (1er octobre) ont rapporté le résultat.

Le 11 septembre 2026, il est l'un des 28 médaillés Fields signataires de la lettre « A Severe Misalignment of AI in Mathematics » (mathandai.org), qui avertit que la production de masse d'énoncés vrais ou faux « could destroy fertile ground ».

Le jeudi 8 octobre 2026, deux jours après la mise en ligne par OpenAI de ses 722 manuscrits mathématiques, il ouvre le séminaire MIAM (Math & IA à Midi) de la Société mathématique de France, présenté par sa présidente Isabelle Gallagher, avec un exposé de 32 minutes intitulé « Un grave défaut d'alignement de l'IA en mathématiques, 28 jours plus tard ». Il y chiffre le choc : les textes d'OpenAI qui le citent directement font « 3500 pages », quand lui a publié « 3700 pages » dans toute sa vie, et ces textes couvrent à peine la moitié des problèmes qui l'intéressaient. Tous les problèmes qu'il citait dans ses exposés, ses articles et ses demandes de financement ont été résolus : « tout a été annihilé ». Sur les marches auto-évitantes, il a ouvert un article sans le comprendre et mis une journée à voir qu'il s'agissait du treizième d'une série qui dépasse 1 000 pages ; sur l'invariance conforme de la percolation, six papiers totalisent plus de 600 pages.

Le lundi 5 octobre au soir, se doutant de l'annonce, il avait déposé avec ses coauteurs sur arXiv, « à la dernière seconde », un article sur l'invariance conforme de la fonction de hauteur du modèle à six vertex (arXiv:2610.07454). OpenAI a démontré le même résultat, avec selon lui la même preuve. Il décrit aussi le « farming », où le programme choisit lui-même les problèmes qu'il résout, dit avoir demandé qu'on épargne les conjectures ouvertes qui guident la recherche, sans être entendu, et décrit ses doctorants et postdocs « en état de panique total ».

Interrogé le même jour par la RTS dans l'émission Forum, il parle d'un « choc monumental » et confie : « J'en ai même pleuré, pour tout vous dire. J'ai pensé à mes jeunes collègues ». Il n'utilise pas l'IA dans son processus créatif, dit ne pas être « anti » et regrette d'être catégorisé ; il appelle la communauté à rester unie et à ne pas se polariser, parce que les décideurs politiques trancheront les financements. Sa lecture diffère de celle de Yann LeCun, qui voit dans l'automatisation de la démonstration formelle une nouvelle ère pour les mathématiques.

Ses projets, tels qu'il les expose à la SMF : comprendre collectivement ces centaines de pages, en conférences et en textes lisibles par une communauté plus large ; défendre la chaîne de transmission, celle qui mène une idée d'un mathématicien à ses proches, puis à une communauté, à d'autres branches, puis aux scientifiques et au grand public (fractales, algorithmes) ; poursuivre la médiation scientifique et l'enseignement. Les preuves ne germeront peut-être plus dans la tête des mathématiciens, dit-il, mais le reste de la chaîne doit survivre.

Transmission et médiation

Il a cofondé et codirige G.EM (Genève Évasions Mathématiques). Avec le psychologue Emmanuel Sander, il publie au Seuil, le 4 septembre 2026, « De l'autre côté du tableau noir : les mathématiques à visage humain ».

Questions fréquentes

Pourquoi Hugo Duminil-Copin dit-il que son domaine de recherche a été « annihilé » ?

Au séminaire MIAM de la Société mathématique de France, le 8 octobre 2026, il explique que tous les problèmes qu'il citait dans ses exposés, ses articles et ses demandes de financement ont été résolus par le modèle d'OpenAI, et que les manuscrits qui le citent directement font 3 500 pages, presque autant que les 3 700 pages qu'il a publiées dans toute sa vie.

Hugo Duminil-Copin est-il opposé à l'IA en mathématiques ?

Il dit ne pas être « anti » et regrette d'être catégorisé. Il n'utilise pas l'IA dans son processus créatif, a signé le 11 septembre 2026 la lettre des 28 médaillés Fields sur la production de masse d'énoncés, et appelle la communauté à ne pas se polariser, parce que les décideurs politiques trancheront les financements.

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