François Charles
Mathématicien (géométrie arithmétique), directeur du DMA de l'ENS-PSL depuis juin 2025, membre de l'AGMAI, qui conseille les labos d'IA sur les maths.
SFEIR AI · Publié le 11 octobre 2026
Parcours
François Charles entre à l'École normale supérieure en 2004, après deux ans de classes préparatoires. Il soutient sa thèse le 6 avril 2010, sous la direction de Claire Voisin, alors qu'il est agrégé-préparateur à l'ENS. Le CNRS le recrute à la sortie du doctorat ; il passe ensuite quelques années au MIT, puis revient en France comme professeur à l'université Paris-Saclay, au Laboratoire de mathématiques d'Orsay. Le Collège de France lui attribue le cours et prix Peccot pour l'année 2013-2014. Nicolas Bergeron, alors directeur du DMA, le fait revenir enseigner rue d'Ulm.
Depuis juin 2025, il dirige le Département de mathématiques et applications (DMA) de l'ENS-PSL, laboratoire commun ENS et CNRS (UMR 8553). Il succède à Cyril Imbert, directeur de recherche CNRS, qui tenait le poste depuis 2022. Il est aussi rédacteur en chef du Journal de l'École polytechnique. Sa façon de décrire la fonction, en octobre 2025 : « Mon travail est avant tout de faciliter les mathématiques qui se créent et se transmettent à l'ENS. »
Recherche : la géométrie arithmétique
Ses travaux se tiennent à la frontière de la géométrie et de l'arithmétique : il cherche à éclairer de façon géométrique des problèmes de nature arithmétique. Deux résultats marquent son parcours : la démonstration de la conjecture de Tate pour les surfaces K3 sur les corps finis (Inventiones Mathematicae, 2013) et un théorème de Bertini arithmétique (Annales scientifiques de l'ENS, 2021). Avec Anna Cadoret, il a établi un résultat de finitude uniforme pour les groupes de Brauer. Avec Jean-Benoît Bost, il écrit deux monographies sur les surfaces arithmétiques et la géométrie des nombres en dimension infinie, dont l'une est à paraître dans les Annals of Mathematics Studies.
Il décrit lui-même ce champ comme « un domaine assez éloigné des applications, mais qui m'a beaucoup amené aux frontières des mathématiques », avec des contacts vers la physique de l'état solide, la physique nucléaire et la cryptographie quantique.
Sa position sur l'IA en mathématiques
Le 11 août 2026, dans un grand entretien à L'Express, il juge que les modèles d'OpenAI et d'Anthropic, qui venaient d'apporter des avancées sur l'empilement de sphères en grandes dimensions, les groupes non sofiques ou la conjecture jacobienne, imposent aux mathématiciens « le moment de se montrer ambitieux ». Il pose dans le même entretien la question de l'accès aux meilleurs modèles : « un fossé mathématique important pourrait se creuser entre les pays ayant des IA de pointe et les autres ». Le 31 août, il développe le sujet sur le plateau de Tech & Co (BFM Business).
Le 23 septembre 2026, lors d'une rencontre à l'ENS rapportée par Alliancy, il parle de « révolution scientifique » et attend qu'elle gagne les autres sciences. Il écarte l'argument des hallucinations : « Bien utilisés, les modèles le plus avancés font extrêmement peu d'erreurs ». La contrepartie tombe sur le chercheur : « le scientifique reste pleinement responsable du contenu produit, il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton ». Les universités doivent selon lui se positionner sans attendre sur l'accès aux modèles de frontière détenus par quelques entreprises, sur les carrières et sur la qualité des connaissances produites. Quand une entreprise demande conseil aux universitaires, « c'est notre devoir de fournir ces recommandations », même face à des intérêts bien plus puissants que la communauté mathématique.
Après la publication par OpenAI de plus de 700 résultats, le 6 octobre 2026, Libération titre son analyse d'une phrase de lui : « L'aventure scientifique ne va pas s'arrêter avec l'IA, elle va s'accélérer ».
L'AGMAI, un groupe consultatif indépendant
Le 21 septembre 2026, OpenAI annonce travailler avec un Advisory Group on Mathematics and Artificial Intelligence (AGMAI), hébergé par l'Institute for Advanced Study de Princeton. Le groupe est né à l'envers de ce qu'OpenAI avait proposé : approchés pour former un conseil externe de l'entreprise, les mathématiciens ont préféré constituer un groupe indépendant, qui conseille tout laboratoire dont les modèles sont susceptibles de peser sur les mathématiques. Il compte neuf membres : François Charles (ENS-PSL), Camillo De Lellis (IAS, GSSI), Timothy Gowers (Collège de France, Cambridge), Martin Hairer (EPFL, Imperial College London), Nikhil Srivastava (Berkeley, Simons Institute), Ulrike Tillmann (Oxford), Ravi Vakil (Stanford), Edward Witten (IAS) et Melanie Matchett Wood (Harvard).
Les règles sont écrites sur agmai.org : les membres travaillent sans rémunération, publient leurs avis, décident seuls de leur composition et n'ont aucun pouvoir de décision dans une entreprise d'IA. OpenAI précise de son côté que le groupe n'a pas à se prononcer sur le rythme de ses travaux internes.
Le 29 septembre 2026, après plus de 600 réponses d'une consultation de la communauté, le groupe publie ses recommandations sur la diffusion responsable de mathématiques générées par IA : nettoyer la rédaction et citer la littérature avant publication, déposer les résultats dans un lieu qu'aucun laboratoire ne contrôle, formaliser ce qui peut l'être, et financer le travail humain de compréhension qui suit. Le préambule demande aux laboratoires de cesser de tester des problèmes avancés sur des modèles propriétaires inaccessibles à la communauté. Le 6 octobre, jour du dépôt d'OpenAI, l'AGMAI précise que son rôle ne vaut ni jugement sur la portée des résultats ni aval de la méthode, et qualifie la publication de « début, pas d'achèvement » de leur intégration au savoir mathématique.
Ce que les articles SFEIR en retiennent
L'article de Didier Girard sur les 722 preuves déposées par OpenAI met la déclaration de l'AGMAI du 6 octobre en regard des faits du dépôt : OpenAI a suivi une partie des recommandations du 29 septembre (42 % des résultats principaux formalisés en Lean), mais les manuscrits sont hébergés sur son propre GitHub et proviennent d'un test sur un modèle propriétaire. Le déplacement de valeur que décrit François Charles pour les mathématiques, de la production vers la vérification et la compréhension, est celui que l'article transpose au code produit par les agents.
Questions fréquentes
Qui est François Charles ?
Un mathématicien français, spécialiste de géométrie arithmétique, professeur et directeur du Département de mathématiques et applications (DMA) de l'ENS-PSL depuis juin 2025. Il a succédé à Cyril Imbert. Entré à l'ENS en 2004, docteur en 2010 sous la direction de Claire Voisin, il est passé par le CNRS, le MIT et l'université Paris-Saclay.
Quel est son rôle dans l'AGMAI ?
Il est l'un des neuf membres de l'Advisory Group on Mathematics and Artificial Intelligence, hébergé par l'Institute for Advanced Study de Princeton et annoncé par OpenAI le 21 septembre 2026. Le groupe conseille les laboratoires d'IA sur la présentation, la vérification et la diffusion des résultats mathématiques produits par leurs modèles. Ses membres travaillent sans rémunération et n'ont aucun pouvoir de décision dans ces entreprises.
Sources
- ENS-PSL — « Faire de la recherche en mathématiques sans collaborer à l'international, c'est se priver » (entretien avec François Charles, directeur du DMA) · 2025-10-07
Mon travail est avant tout de faciliter les mathématiques qui se créent et se transmettent à l'ENS.
- Page personnelle de François Charles (DMA, ENS-PSL) — publications, thèse soutenue le 6 avril 2010 sous la direction de Claire Voisin · 2026-06-29
- Collège de France — François Charles, lauréat du cours et prix Peccot 2013-2014 · 2026-10-11
François Charles est lauréat du cours et prix Peccot pour l'année 2013-2014.
- Cyril Imbert — curriculum vitae (directeur du DMA 2022-2025) · 2026-10-11
Directeur du Département de mathématiques et applications (2022–2025)
- Wikidata — François Charles (Q102361486) · 2026-10-11
- AGMAI — page d'accueil : mission, membres, indépendance · 2026-10-11
The purpose of this group is to advise AI companies on their interactions with mathematical research
- AGMAI — « Responsible Release of AI-Generated Mathematics » (recommandations) · 2026-09-29
we do not endorse this practice, and we ask them to stop testing advanced mathematical problems on proprietary models.
- AGMAI — « On OpenAI's Release of Mathematical Results » · 2026-10-06
This release is the beginning, not the completion, of the process of human understanding and the incorporation of the work into mathematical knowledge.
- OpenAI — « Advisory Group on Mathematics and Artificial Intelligence » (annonce) · 2026-09-21
- TechCrunch — « OpenAI forms math advisory group as its AI resolves more than 100 open problems » · 2026-09-21
the group will not be responsible for advising us on how to pace our internal progress on mathematics
- The Next Web — « Top mathematicians will advise OpenAI on releasing its AI maths results » (liste des neuf membres) · 2026-09-23
- L'Express — « L'IA viendra à bout de problèmes mathématiques irrésolus » : les explications limpides de François Charles (Normale Sup) · 2026-08-11
un fossé mathématique important pourrait se creuser entre les pays ayant des IA de pointe et les autres
- BFM Business, Tech & Co — « François Charles (École normale supérieure) : l'IA résout des problèmes mathématiques centenaires » · 2026-08-31
- Alliancy — « Il y a une révolution scientifique » : la rue d'Ulm se confronte à l'IA (Coline Lafargue) · 2026-09-24
le scientifique reste pleinement responsable du contenu produit, il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton
- Libération — Annonces d'OpenAI sur les maths : « L'aventure scientifique ne va pas s'arrêter avec l'IA, elle va s'accélérer » · 2026-10-09